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Mêlez-vous de vos oignons!

Bonjour et n’ayez crainte, je ne vais pas vous mordre quoique le titre de cet article vous laisse à penser. Sourire Il est simplement le fruit d’une inspiration passagère sur un sujet que je juge important, voire essentiel. Le droit “d’ingérence” au sens large. C’est à dire le droit auto-octroyé d’intervenir à l’intérieur des affaires d’autrui.

L’étymologie du mot est claire ici: Du préfixe latin in- (« dans ») et gerere (« faire ») soit « intervenir à l’intérieur ». Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler de politique politicienne. Je n’en ai ni les moyens ni le désir.

Aujourd’hui, c’est de vous, de nous, individuellement et collectivement dont il est question. De nous, et de cette fâcheuse tendance à se mêler de ce qui ne nous regarde pas. Partons à la découverte de ce mode psychique d’ingérence à travers 3 “archétypes” ou profils égotiques bien connus sous le nom de triangle de Karpman:

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Le bourreau piétine les oignons des autres:

Le mot était auparavant celui de bourrel, signifiant: maltraiter, tourmenter. ça n’est un secret pour personne, en mode bourreau, on maltraite l’autre et on lui inflige une souffrance quelconque. Si vous pensez que ce profil ne vous concerne absolument pas, demandez-vous, si vous pouvez affirmer avec certitude, qu’aucun de vos actes ou paroles n’ait jamais maltraité qui que ce soit?

“Si ça n’était pas intentionnel, ça ne compte pas.” vous entends-je déjà argumenter. Oui et non. Il n’en reste pas moins que nous avons tous ou presque été un jour, le bourreau d’un autre être vivant. Mon intention n’est certainement pas de vous culpabiliser, simplement de vous faire prendre conscience d’un état de fait. Qu’est-ce qui a pu un jour nous faire agir d’une manière qui tourmente un autre être-humain? C’est ce que j’appelle ici: le droit “d’ingérence”ou l’art de ne pas se mêler de ses oignons.

On voit ça souvent par exemple, dans la catégorie des “éducateurs”: parents, enseignants et toute personne investie d’un rôle lui octroyant un ascendant sur un tiers. Prenons le cas d’un enfant scolarisé, qui ne veut pas faire ses devoirs. Vous, en tant qu’adulte, chargé de veiller sur cet enfant, quelque soit votre statut, vous êtes confronté à une résistance. De votre point de vue, il est l’heure de faire les devoirs, vous avez d’autres choses à faire, vous vous inquiétez de l’avenir de cet enfant ou du vôtre si vous êtes dans un rôle professionnel…

Bref, nous avons là un problème. La suite probable dans cette situation de conflit et de résistance, est que l’une des deux parties devra céder. Comme nous sommes dans le chapitre bourreau, c’est l’adulte qui fera céder l’enfant, que ce soit par une manipulation affective ou par la menace de sa suprématie physique.

bourreau_agressif_menaçant_accusateur

Dans notre mode bourreau, nous n’avons aucune vergogne à intervenir à l’intérieur des besoins d’un autre allant jusqu’à lui imposer par la force s’il le faut. Oui, mais me direz-vous peut-être: “On ne peut quand même pas laisser tout faire à un enfant!?”. Voici ma réponse: d’une part il s’agit d’un exemple à adapter.

  • D’autre part, ici la question est de savoir ce que cela nous a fait à nous à cet instant. Qu’avons-nous ressenti face au refus de cet enfant? Si vous répondez à cette question, vous vous occupez de vous. Une fois que vous avez mis en lumière ce ressenti qui vous faisait agir avec force, voire avec une certaine violence, vous êtes davantage disponible pour entrer en relation avec l’autre.
  • Dans notre exemple, vous vous interrogez dès que possible, sur le ressenti que cette opposition éveille en vous. Ce peut-être par exemple de la colère, masquant une peur. Peur de ce que l’enfant va devenir s’il ne réussit pas à l’école, peur de ce que les enseignants vont penser de votre aide aux devoirs… Un sentiment qui au final, quel qu’il soit, n’appartient pas à l’autre et n’a rien à voir avec son intégrité et ses propres ressentis.
  • De quel droit lui imposons-nous cette part “d’ombre” strictement personnelle? N’aurions nous pas TOUT à gagner en nous mêlant avant tout de nos oignons? Une fois que nous faisons la lumière sur ce qui se passe en nous, nous pouvons mieux reconnaître que l’autre a aussi ses besoins propres cherche comme chacun, à exister et à vivre heureux. Aucun être humain, n’a le droit d’enlever ce droit à un autre être vivant, surtout pas lorsque cet autre est plus “faible”…

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La victime subit les vapeurs d’oignons des autres:

Passons à présent du côté de la victime. Imaginons que vous soyez cet enfant à qui un tiers impose par la force de nier vos propres ressentis et besoins. Vous sortez d’une journée de 6h de cours; journée éprouvante, car vous vous êtes senti bousculé tout au long de son déroulement.

Le réveil a sonné trop tôt selon votre besoin vital de sommeil, vous avez reçu une sale note, ou avez été chahuté par le caïd de la cour, etc. Vous êtes face à des devoirs imposés par ce lieu de vie imposé, selon des horaires imposés. Trop c’est trop! Vous avez besoin de tout, sauf de faire ces satanés devoirs.

Votre parent arrive et s’agace, vous menace d’une punition ou vous le sentez très contrarié. Vous n’avez pas la force de vous rebeller à ce moment là. Vous êtes en mode “victime”. Vous allez donc subir la mauvaise humeur de ce parent. Si vous résistez davantage, vous aller subir des menaces de privations de plaisir ou pire encore… C’est bon, la vie est trop injuste, vous êtes acculé et vous devez céder.

Nous sommes nombreux à avoir cédé de la sorte face à la toute puissance parentale ou adulte et plus tard, institutionnelle. Un enfant ne le peux pas, si on ne lui apprend pas. Un adulte peut réapprendre et il en va de son salut. Réapprendre à s’occuper de ses besoins sans se laisser embarquer dans le ressenti et l’humeur de l’autre. C’est bien cela dont il s’agit ici.

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  • Vous vous coupez de votre besoin réel et ressenti à cause d’un tiers qui vient envahir votre espace et vous imposer son humeur et sa propre énergie en quelques sortes.
  • Pour la personne en mode victimaire, il est tout aussi important de revenir au centre de soi, pour identifier, puis exprimer  son ressenti et ses besoins.
  • Ce que l’autre éprouve n’est pas votre problème et ABSOLUMENT pas de votre responsabilité. Si vous vous laissez impressionner, au sens de marquer, imprimer par l’autre au point de perdre de vue votre ressenti, à votre façon, vous vous mêlez de ses oignons.
  • Mais on ne peut quand même pas dire à un “supérieur hiérarchique” qu’on refuse de faire ce qu’il nous dit si on s’expose à une sanction!? On peut et on doit:
      • Prendre conscience de son ressenti
      • puis trouver le besoin qui y correspond pour y répondre. A partir de là, les expressions et formes d’un besoin sont multiples! L’important est qu’on s’occupe de ses oignons et surtout on sort de l’influence toxique des oignons pourris de l’autre! Pourris tant qu’il ne s’en occupe pas…

Le sauveur veut absolument s’occuper des oignons des autres:

Dernier arrivé de notre trilogie: Il va tout arranger et dans son bon cœur, il est peut-être un savant mélange des 2 archétypes précédents. Dans notre exemple, il est l’éducateur estampillé! Lui, il sait ce qui ne va pas et il va sauver celui qu’il est certain d’avoir identifié comme la victime. Dans son immense mansuétude, il peut totalement se tromper mais peu lui importe, ce qu’il veut c’est sauver! Une caractéristique propre au sauveur, est qu’il ne sait pas faire la différence entre les moments où on lui demande d’intervenir et ceux dans lesquels personne n’a appelé au secours…

Vous voici donc, tombant nez à nez sur notre pauvre enfant muré dans un silence boudeur à qui vous allez demander ce qu’il lui arrive. Ce dernier, pas suffisamment mature psychiquement pour conceptualiser les évènements et gérer ses émotions, va vous déballer toute la colère qu’il éprouve à l’encontre de son parent-bourreau de la veille. Vous, en bon sauveur avez déjà une opinion bien arrêtée sur le parent en question ou l’archétype de ce genre de parent. Vous vous indignez donc intérieurement et allez chercher à faire dire à la victime tout ce qui va corroborer votre thèse. Comme on voit beaucoup mieux ce à quoi l’on croit, les arguments en faveur de votre thèse, arrivent invariablement!

Ce parent est maltraitant, de plus il doit être fragile parce qu’il vit seul avec son enfant et il faut sauver le petit.  Je vous laisse imaginer le chambardement qu’un tel sauveur va initier et le massacre opéré quand le parent sera convié par l’école à un R.D.V avec l’assistante sociale ou la psychologue. Ici nous avions à faire à un sauveur-bourreau mais nous aurions pu avoir un sauveur-victime dans le cas où vous vous faites licencier pour avoir  agi à l’encontre de votre hiérarchie, alors que vous aviez vu juste, peut-être… Enfin, dernier scénario: tout est pour le mieux, vous avez réussi une mission de sauvetage nécessaire et vous sentez ragaillardi, prêt à dégainer votre épée, à l’affut du prochain sauvetage à opérer.

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  • Retenons ici qu’il aurait mieux valu vous occuper de vos oignons.
  • La question est: qui voulez-vous sauver? pourquoi? A quelle souffrance cela vous renvoie? Cette souffrance était-elle vraiment celle de la supposée victime ou la votre?
  • Que vous ayez bien fait d’intervenir ou pas, cela peut-être relatif mais quand allez-vous vous occuper de vos ressentis à vous et vous sauver vous-même?
  • S’il est très politiquement correct d’être un sauveur et très gratifiant, c’est un rôle très dangereux, pour soi autant que pour cet autre qu’on se sent tenu de sauver.
  • Mais alors, cela veut-il dire qu’il faut laisser faire tout et n’importe quoi sans jamais intervenir? Pas nécessairement mais une fois encore, il est important de prendre conscience de ce qui motive nos actions dans ce mode-ci. Vous avez votre ressenti et vos valeurs pour vous servir de  baromètre, quant à ce qui est tolérable ou non. Il s’agit ensuite de ne pas se perdre dans un sauvetage au point de s’y noyer ou d’y noyer la victime. Souvenez-vous de vous occuper de vos oignons

paul morris

Que vous agissiez en victime, en bourreau ou en sauveur, ces oignons là (les vôtres) ne vous ferons pas pleurer au contraire. Le mot oignon vient du latin: unio, unionis, = UNION Sourire  Que peut-il arriver de mieux à un chercheur de bonheur que d’utiliser son énergie à bon escient, en se préoccupant uniquement de ses oignons? 

Cliquer sur « j’aime », pour manifester votre soutien au mouvement de ceux qui ont décidé de s’occuper de leurs oignons!

A bientôt! Sourire

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8 Comments

  • Sandrine 19 novembre 2016 at 16 h 47 min

    Bonjour Carmen et grand merci pour cet article qui fait du bien dans un monde où beaucoup de personnes s’arroge le droit de décider (et parfois d’imposer) ce qu’elles estiment être le mieux pour tous…
    Je te suis à 100% et je retourne de ce pas cultiver mes oignons… 😉

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    • Carmen Bonheur21 19 novembre 2016 at 18 h 33 min

      Bonjour Sandrine, Oui!:) Cultivons nos unions au beau, au bien et au bon. Merci pour ton commentaire et ta contribution engagés! 🙂

      Reply
  • JisséBro 19 novembre 2016 at 21 h 40 min

    Bonjour Carmen,

    Je suis très heureux de ne pas avoir d’enfant tant le rôle de parent me semble compliqué… Hier, ou plutôt avant hier, du temps de mes grands parents l’autorité du patriarche ne devait pas être discutée. A tel point que dans certaines familles paysannes lorsque le vieux fermait son couteau pliant c’était le signal pour dire « fini de manger » tout le monde retourne aux champs…

    Heureusement nous n’en sommes plus là mais je crois que l’on bascule dans l’excès inverse ou l’enfant devient ROI et que le parent, qui ose lui faire une remontrance par ce qu’il s’est mal tenu, se voit traiter de « bourreau »… A force de démissionner de leur rôle de parents il ne faut pas s’étonner si aujourd’hui des gosses de 12 ou 13 ans sont de vrais petits caïds qui menacent et rackettent d’autres gosses quand ils ne s’attaquent pas aux adultes.

    Il y a plus de 20 ans je connaissais une copine divorcée qui se faisait tabasser par son ado… pour le coup,c’était lui le bourreau et le recadrer aurait été utile pour lui comme pour elle. Un jour je suis intervenu dans une algarade opposant un asiatique blessé a coups de couteau par deux maghrébins…. Les automobilistes qui passaient ne s’arrêtaient pas, le père d’une amie de ma nièce m’a même conseillé de me « tirer et de m’occuper de mes oignons »… si je n’étais pas intervenu dieu sait ce qu’il aurait pu arriver. J’ai emmené le blessé se faire soigner dans une clinique proche et fait une déclaration au commissariat de police… Aurais je dû pudiquement détourner le regard en disant « advienne que pourra moi ce n’est pas mes oignons? »… Parfois intervenir dans les affaires des autres est une nécessité ou son devoir. Ma nièce s’est fait agresser avec un cutter dans le métro il y a 4 ans et personne ne lui a porté secours « chacun s’occupant de ses oignons » c’est à dire regardant le bout de ses pieds pour ne rien voir…

    Je pense donc que, de temps en temps, il est utile de s’occuper des oignons de son prochain si nous ne voulons pas d’une société où l’indifférence règne en maître et où les plus faibles sont victimes de notre indifférence.

    Bises Amicales
    Jissé

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    • Carmen Bonheur21 19 novembre 2016 at 22 h 42 min

      Bonjour Jean-Claude, il y bien évidemment un panel de nuances entre indifférence et ingérence. J’aborde bien dans l’article l’écueil du second, lorsqu’on défoule ou fuit ses propres ressentis et besoins pour aller enquiquiner les autres en toute bonne foi… Le rôle de parent, n’est peut-être pas si « compliqué » que celui d’ETRE humain CONSCIENT… Amitiés 🙂

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  • Yannick poumeyrol 20 novembre 2016 at 11 h 59 min

    Bonjour carmen,

    J ai bien compris dans cet article la nuance entre le chiatique qui se mêle de tout, a un avis sur tout et celui qui par manque de courage manquerait à son devoir de citoyen en ne portant assistance à une personne en détresse. Cette derniére situation, n’ a évidemment strictement rien à voir avec se mêler ou non de ses oignons. Merci pour ce billet, à bientôt.

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    • Carmen Bonheur21 20 novembre 2016 at 13 h 27 min

      Bonjour Yannick, En effet, c’est bien différent et c’est aussi pour ça que j’ai interpellé sur l’étymologie du mot oignon = union. Ce qui me renvoie a une unification corps/mental/esprit, une unité et une intégrité émancipatrice et pourvoyeuse de bien-être, voire de bonheur… 😉 Merci pour ce retour. A bientôt 🙂

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  • Stephanie 27 novembre 2016 at 8 h 45 min

    Quel magnifique titre lol. Et c’est en effet un débat intéressant. Si les gens se mêlaient plus de ce qui les regarde, le monde s en porterait sans doute mieux.

    Ce qui ramène aux regard des autres finalement parce que souvent lorsqu’on n écoute pas ses besoins, c est par peur, peur de ne pas être aimé, critiqué ou jugé. Alors on préfère agir selon des codes, selon ce qu attend de nous notre entourage, la.societé etc…

    Seulement lorsqu on écoute déjà pas ses propres besoins, comment être à l ecoute de ceux des autres….

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    • Carmen Bonheur21 28 novembre 2016 at 22 h 45 min

      En effet! Il est essentiel d’apprendre ou ré-apprendre à identifier nos besoins et à nous en occuper avant tout… C’est une voie royale vers le bonheur propre à chacun. Ici, on ne peut pas se tromper… Merci pour ce commentaire aux petits oignons 😉

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